Intention

 Le Corbusier à André Wogenscky 
(lorsqu’il visite pour la première fois la maison) : 
« Mais vous êtes aussi artiste que moi. »

La maison de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, voulue
par le jeune architecte Wogenscky et son épouse, le sculpteur 
Marta Pan en 1952 est aussi le premier projet qu’il assume seul
puisque, remarque-t-il, « avant j’avais toujours travaillé avec
Le Corbusier ».


Lorsque l’espace qui doit advenir est le sien propre
et  celui de Marta,l’enjeu est terrible. Il faut s’imaginer,
croissant, évoluant, changeant, trouvant continûment en l’autre
avec qui tout est partagé, un plaisir et une saveur
que rien ne démentira.
« On a discuté de tout, rappelle Marta. Première question, l’extérieur.
tu veux quelle couleur pour la maison ? J’ai dit blanc. »
« Pour ma maison de Saint-Rémy, comme pour tous mes projets,
j’ai beaucoup réfléchi à la vie qui s’y déroulerait ; à la fin
il en est résulté une maison exactement
faite pour Marta et pour moi. »


« Tout projet, comporte un point de naissance autour duquel
il se développe comme une plante », affirme Wogenscky.
Ici c’est la cuisine : un carré de 2,26 m ce côté, à partir de laquelle
s’organise la croissance continue dans les trois dimensions
et selon les proportions du Modulor, de la maison,
également carrée qui mesure 11,5 m de côté,
pour une surface utile d’environ 150 m2. 

Continuité horizontale, confirmée par l’interpénétration
fluide du dedans et du dehors, continuité verticale par le jeu
avec les doubles hauteurs sous plafond et l’insert sur la façade sud
d’un cadre brise-soleil. 

Continuité aussi des circulations à l’intérieur : à la fermeture,
Wogenscky oppose le passage, tel ce resserrement qui suffit
à faire seuil plutôt qu’une porte à son espace de travail
pour ne pas se couper de Marta :
« Si nous étions dans des salles tout à fait séparées
pour notre travail, cela nuirait peut-être un peu à cette union
et à cette complémentarité de nos deux recherches,
sculpture et architecture. »

Vision artiste et vision d’artistes.


André Wogenscky et Marta Pan n’ont quitté leur maison
que pour mourir, mais celle-ci perdurera, comme remarque
François Barré « dans son histoire et sa plénitude ».

Philippe Monsel

Philippe Monsel

Très jeune assistant de Jean-Pierre Leloir dans les années 60,
Philippe Monsel a commencé par photographier bluesmen, jazzmen, musiciens classiques ou stars du rock.
 
En 1982, il succède à Charles Feld à la tête des Éditions Cercle d’Art
qui ont publié jusqu’à ce jour sous sa direction plus de 800 titres.
 
Il a parallèlement poursuivi, sous le pseudonyme désormais abandonné d'Antoine Stéphani, son parcours de photographe.
 
Depuis 2009, ce cheminement dans l’art aux côtés des artistes a trouvé de nouveaux développements à travers la réalisation de films. Sachant demeurer médiateur discret puisque sans jamais s'interposer entre le créateur et l'œuvre, il donne néanmoins à voir ce qu'il perçoit du parcours de l'artiste au plus près de ce que fait, de ce que dit aussi bien que de ce que tait ce dernier.
 
Persuadé que les artistes ont toujours été les plus aptes à lire le contemporain du monde de leur temps, accueillant à leurs recherches
et curieux de leur travail, Philippe Monsel  n'a jamais cessé d'agir en interprète de leurs créations, même s’il explore par ailleurs
des thématiques personnelles.