Yves Dana évolue dans le calme et la lumière
diffuse de l’orangerie du XVIIIe siècle dont il a fait
son atelier, c’est-à-dire un paysage suffisamment
organisé et maîtrisé pour pouvoir s’accorder
la possibilité de « ne pas trop appuyer les choses,
de ne pas les tenir trop fort », de « les laisser s’exprimer ».
Avoir élu des matériaux délibérément rigides et rebelles
– du fer aux calcaires plus durs que le marbre –
équivaut pour lui à exprimer l’amour qu’il leur voue.
Avec sobriété et précision, il détaille les moments
de cet intense échange qui confronte et oppose autant
qu’il les unit, le sculpteur et la pierre.
Un matin suivant, de très bonne heure,
on assiste en direct à l’événement :
l’arrivée du nouveau bloc de calcaire d’Égypte
de cent millions d’années.
Silencieux et calme, Dana l’accueille. Concentré, il s’engage
dans une sorte d’approche, presque un corps à corps
avec la pierre qu’il regarde, palpe, caresse, esquissant
directement au crayon dans de très beaux gestes la forme
qu’il pressent, intuitivement, pouvoir libérer plus tard.
Dans le fracas et les sifflements de la débiteuse et des outils
coupants on assiste à l’acte héroïque de la taille, interdisant
tout repentir, irréversible.
En commentant tranquillement ses gestes précis et sûrs,
tandis qu’émerge progressivement la forme de l’œuvre à venir,
Yves Dana nous permet de mieux ressentir et percevoir
les enjeux de l’acte artistique.
Très jeune assistant de Jean-Pierre Leloir dans les années 60,
Philippe Monsel a commencé par photographier bluesmen, jazzmen, musiciens classiques ou stars du rock.
En 1982, il succède à Charles Feld à la tête des Éditions Cercle d’Art
qui ont publié jusqu’à ce jour sous sa direction plus de 800 titres.
Il a parallèlement poursuivi, sous le pseudonyme désormais abandonné d'Antoine Stéphani, son parcours de photographe.
Depuis 2009, ce cheminement dans l’art aux côtés des artistes a trouvé de nouveaux développements à travers la réalisation de films. Sachant demeurer médiateur discret puisque sans jamais s'interposer entre le créateur et l'œuvre, il donne néanmoins à voir ce qu'il perçoit du parcours de l'artiste au plus près de ce que fait, de ce que dit aussi bien que de ce que tait ce dernier.
Persuadé que les artistes ont toujours été les plus aptes à lire le contemporain du monde de leur temps, accueillant à leurs recherches
et curieux de leur travail, Philippe Monsel n'a jamais cessé d'agir en interprète de leurs créations, même s’il explore par ailleurs
des thématiques personnelles.