Le mouvement, le déplacement en voiture,
volontairement figé, permet de focaliser
sur ces curieux homo automobilis que
nous sommes tous, sans y penser.
Ce que nous saisissons alors dans ces
approches latérales : des conducteurs
passifs et sérialisés, des passagers qui
ne se parlent guère ou qui tuent le temps
comme ils peuvent, et aussi des éléments
de paysages cadrés par les vitres et qui
restent standardisés et figés.
Nous comprenons alors à quel point
la voiture illustre parfaitement l’idéologie
libérale de la privatisation du bonheur,
de la concurrence et du libre choix individuel,
l’affirmation d’une maîtrise élargie de l’espace
mais dans le repli de l’intimité familiale :
davantage de références mais moins
d’appartenance, plus d’extension mais
moins de compréhension, quelque chose
comme la « liberté des modernes »
(la capacité pour l’individu de s’extraire du groupe)
dans son opposition à celle des « anciens »
(fondée sur l’appartenance à une cité,
à une communauté politique de citoyens).
Où la sobriété de l’expression en dit beaucoup
plus long qu’il n’y paraît au premier regard…