Samedi Rouge Route
 

Intention

Et si inversant l’évidence courante,
on se mettait à penser à partir du mouvement ?
Comme le poisson qui peut tout voir sauf l’eau de son bocal,
homo automobilis habite la voiture sans la réfléchir et
ne remarque pas le désenchantement de l’espace qu’elle organise.
Dans « Route », les lieux se succèdent, anonymes et désocialisés,
des lieux où l’on ne se rencontre pas
(on reste « entre soi » sur les aires de repos),
où il y a des clients (passages des péages),
des conducteurs qui font la queue, passifs et sérialisés,
des passagers qui ne se parlent guère ou qui tuent le temps
comme ils peuvent, et aussi des paysages qui restent
standardisés et figés, même s’ils se succèdent à travers la vitre.
L’organisation des images de Philippe Monsel fonctionne
comme une sorte de loupe grossissante de notre société :
la voiture comme illustration parfaite de l’idéologie libérale
de la privatisation du bonheur, de la concurrence et du libre choix
individuel, comme affirmation d’une maîtrise élargie de l’espace,
mais dans le repli de l’intimité familiale : davantage de références
mais moins d’appartenance, plus d’extension
mais moins de compréhension, quelque chose
comme la « liberté des modernes »
(la capacité pour l’individu de s’extraire du groupe)
dans son opposition à celle des « anciens »
(fondée sur l’appartenance à une cité, à une communauté politique de citoyens).
Peut-être est-ce pour cela que « Route » de Philippe Monsel
n’ouvre ni sur un ailleurs ni sur un avenir ? Car avec ses images,
on est toujours déjà en route, mais on « n’arrive » jamais !

Philippe Monsel

Philippe Monsel

Très jeune assistant de Jean-Pierre Leloir dans les années 60,
Philippe Monsel a commencé par photographier bluesmen, jazzmen, musiciens classiques ou stars du rock.
 
En 1982, il succède à Charles Feld à la tête des Éditions Cercle d’Art
qui ont publié jusqu’à ce jour sous sa direction plus de 800 titres.
 
Il a parallèlement poursuivi, sous le pseudonyme désormais abandonné d'Antoine Stéphani, son parcours de photographe.
 
Depuis 2009, ce cheminement dans l’art aux côtés des artistes a trouvé de nouveaux développements à travers la réalisation de films. Sachant demeurer médiateur discret puisque sans jamais s'interposer entre le créateur et l'œuvre, il donne néanmoins à voir ce qu'il perçoit du parcours de l'artiste au plus près de ce que fait, de ce que dit aussi bien que de ce que tait ce dernier.
 
Persuadé que les artistes ont toujours été les plus aptes à lire le contemporain du monde de leur temps, accueillant à leurs recherches
et curieux de leur travail, Philippe Monsel  n'a jamais cessé d'agir en interprète de leurs créations, même s’il explore par ailleurs
des thématiques personnelles.